R.·.L.·. Fraternité Universelle Hypatie
Alicante

La Loge Fraternité Universelle Hypatie - Alicante est une Loge inter-obédientielle ayant pour but de favoriser la rencontre de FF.·. et SS.·. francophones résidents ou de passage dans la région d'Alicante.Nous nous réunissons le deuxième dimanche du mois, à 11:00 heures, dans un endroit seulement connu par nos membres. Nos travaux se font en français. Si vous êtes franc-maçon ou franc-maçonne et souhaitez participer à une de nos réunions: 

HYPATHIE ou l'Hérésie essentielle 

Nous sommes réunis ce jour pour un allumage de feux. Et à ce titre, la nature du FEU nous interpelle :

Un Feu peut-il vraiment être allumé ou éteint ?

Le Feu est-il un objet ou un processus ?

  • Prenons pour prémisse que le Feu soit un objet, il est donc une création, et il peut être effectivement allumé ou éteint. Considérer le FEU comme un objet créé cautionne la croyance en un Créateur, et implique la reconnaissance d'une entité créatrice, que notre culture appelle DIEU. Dans les Traditions religieuses monothéistes, Dieu aurait créé le Monde objectif, c'est-à-dire l'Espace et tous les sous-objets qu'il contient. Ensuite ce même Dieu créateur aurait animé l'espace par un élément que les Anciens appelaient le FEU. La matière-Espace aurait ainsi été créé avant l'esprit-FEU qui la met en mouvement mais en même temps la détruit dans une combustion, que la science appelle Thermodynamique, et que nous ressentons en nous comme le Temps qui passe. C'est ce que nous explique la physique classique de Newton-Einstein, la physique de l'Univers « objectif ».
  • Mais si nous visualisons le Feu comme un processus, alors il ne peut ni être créé, ni être allumé, mais seulement « dévoilé » ou « révélé », c'est-à-dire que le voile qui couvre sa Réalité est enlevé. Il ne peut pas non plus être détruit ou éteint, mais seulement « disparaître » à nos sens. Comme un processus n'est pas un objet, le FEU ne peut pas être créé. Le FEU en tant que processus va donner naissance à l'Espace et au Temps, sans avoir besoin d'un DIEU créateur. Dans l'Univers-processus l'Esprit précède et donne naissance à la matière. Ce que nos 5 sens considèrent comme matériel n'est qu'une sorte de photo instantanée de l'instant présent, mais cette image n'a pas d'existence propre, elle est une création dans la conscience de l'observateur qui lui donne une impression de matérialité. C'est ce que nous explique la physique quantique d'Heinsenberg, la physique de l'Univers « subjectif » ou holistique.

Dans la tradition antique grecque, la permanence du FEU, considéré non comme le mécanisme d'involution du monde matériel, mais comme le processus de son évolution, était dévolue aux Vestales, des prêtresses, des Vierges consacrées à sa surveillance afin qu'il ne puisse s'éteindre et arrêter l'évolution.

Et ceci nous conduit tout naturellement à Hypathie, Vierge Egyptienne, gardienne du Feu de la Connaissance.

HYPATHOS était un titre donné aux Consuls romains, qui dirigeaient la Ville avant que le coup d'état de Julius César en 53 avant notre ère, ne transforme la République en Empire. Le mot vient du grec : hyper-pathos, signifiant « le chemin (pathos) le plus élevé (hyper) ».

Appliqué à une femme, qui n'était ni une politique ni une religieuse, Hypathia va donc désigner celle qui enseigne « la plus haute Voie », ou « le chemin qui conduit au Plus Haut ». Ce nom Hypathie qualifie beaucoup plus un enseignement qu'une personne, ce qui laisse à supposer que c'est un surnom, tout comme pour le grand initié grec de Samos, né Mnésarchos, qui sera connu dans son école sous le nom de Pythagore. Le vrai nom d'Hypathie ne nous est pas parvenu.

Parlons un peu d'histoire officielle : Qui était Hypathie d'Alexandrie ?

Née en 370 après notre ère, elle est fille de Théon, directeur de la Grande Bibliothèque d'Alexandrie. Elle fait des études de sciences à Athènes, et elle s'intéresse à surtout à l'astronomie. Elle reçoit également un enseignement philosophique auprès de Plutarque le Jeune, qui l'initie aux idées de Platon et de Plotin, le fondateur du néo-platonisme. Elle étudie enfin en Syrie sous la direction du philosophe Jamblique.

Une fois rentrée à Alexandrie, en l'an 400, elle commente les écrits mathématiques de Diophante et d'Apollonius, elle écrit un « canon astronomique », et elle invente des appareils scientifiques dont un qui mesurait la gravité des liquides (l'hydroscope), mais aussi un astrolabe. Certaines sources évoquent sa possible découverte de l'orbite elliptique de la Terre, Elle est la seule femme de l'Antiquité connue pour être versée dans les sciences exactes.

Elle fonda l'Ecole néo-platonicienne d'Alexandrie, et sa devise était qu'aucune tradition ni doctrine ne pouvait revendiquer l'exclusivité de la vérité. Ses exposés publics lui apportent peu à peu une grande renommée de femme savante qui dépasse les frontières de l'Égypte.

Cependant, son enseignement laïc et ouvert dérange l'Eglise de Rome. C'est pour y mettre fin que Cyrille sera nommé patriarche d'Alexandrie en 412. Il déclare la guerre à tous ceux qui ne veulent pas se soumettre à l'orthodoxie religieuse, et surtout aux intellectuels qui se disent laïcs.

Selon la légende, elle meurt en 415, assaillie en pleine rue et mise en pièces par des moines chrétiens, qui lui reprochent d'empêcher la réconciliation entre le préfet Oreste et l'évêque-patriarche Cyrille. D'autres sources impliquent la police privée de l'évêque Cyrille qui serait responsable de ce crime pour étouffer l'enseignement scientifique et théologique qu'elle professait.

Cette fin tragique est souvent évoquée, dans la littérature moderne, comme exemple des méfaits de l'intolérance religieuse.

L'Eglise de Rome reprochait à Hypathie ses travaux d'astronomie qui mettaient en doute le dogme chrétien d'une terre plate au centre d'un monde créé par Dieu. Pourtant, Pythagore au 6ème siècle avant notre ère, Platon au 5ème et Aristote au 4ème enseignaient déjà que la Terre était sphérique, et Ératosthène, ancien directeur de la Bibliothèque 600 ans avant Théron, en 270 avant notre ère, avait calculé sa circonférence à 1% près. Peut-être que sa découverte de l'ellipse terrestre, qui affirme la position héliocentrique de notre système solaire (et qui ne sera redécouverte qu'en 1609 par Kepler) aura été le pas de trop.

Ensuite, son affirmation de femme et de savante, dérangeait l'ordre établi par l'Eglise du monopole masculin.

Enfin, ce qu'enseignait Hypathie était une HERESIE, terme qui signifie en grec « choix », et en latin : « opinion ». La définition officielle de l'hérésie est : « opinion qui diffère des croyances établies ». Son enseignement philosophique hérité de l'hermétisme égyptien, du néo-platonisme et du gnosticisme, voyait le christianisme originel, comme prolongeant les Ecoles de Mystère de l'antiquité. Mais ces enseignements se trouvaient en opposition théologique avec les dogmes de l'Eglise de Rome, fondée en 313 par l'empereur Constantin sur la base d'un « cesaropapisme », doctrine qui incorpore la religion au politique, et qui supplanta à partir de l'an 325 au Concile de Nicée, l'Eglise grecque, restée fidèle aux enseignements originels de Jésus Christ et du Mysticisme.

A l'époque d'Hypathie, la religion de Rome avait déjà éradiqué les religions polythéistes qualifiées d'HERESIES « fondamentales », et imposé un monothéisme qui existait déjà depuis fort longtemps.

En effet Zoroastre, leader religieux en Iran, vers l'an 1500 avant notre ère, enseignait que le Monde avait été créé parfait et par un Dieu unique, car ne peut émaner d'un Dieu créateur que le Bien et le Beau. Il le nomma AHURA-MAZDA. Pourtant l'expérience pratique quotidienne est en contradiction avec cette assertion, rien n'est parfait ici-bas, le Bien est rare et le Mal présent partout. Aussi, ZOROASTRE imagina qu'un Esprit, ARHIMANE, se soit révolté contre le Créateur, ce conflit engendrant le Mal dans le monde. Le concept de Bien et de Mal était né.

En Egypte deux cents ans plus tard, vers l'an 1300 avant notre ère, le clergé égyptien appelait AMON le dieu créateur, l'équivalent d'AHURA-MAZDA, et l'opposait à un esprit du Mal appelé APOPHIS équivalent d'AHRIMANE, les autres dieux égyptiens n'étant que des intermédiaires entre les deux pôles extrêmes.

Un pharaon de la XIXème dynastie, AKENATON, rejeta ce concept et émis une « opinion différente », c'est-à-dire une hérésie, en affirmant que la création était réalisée par un binôme synergique, avec une entité qui conçoit et une autre qui réalise. Alors l'imperfection du monde ne réside pas dans la révolte d'un esprit contre son Créateur, mais parce que la co-création est un processus en devenir. Il nomma le dieu concepteur ATON, et l'associa à un esprit créateur-réalisateur THOT. Mille ans après, les Grecs reprirent ce concept, transformèrent le vocable THOT en HERMES, et la nouvelle doctrine sera connue dans le monde antique sous le terme « d'hermétisme ».

Dans la vision hermétique, le Monde n'est pas un objet créé, mais un processus élaboré dans le « NOÜS », le monde spirituel, par Thot-Hermès, et qui s'exprime par le monde physique. Le Démiurge réalisateur, le THOT égyptien, que Platon appelle « la Monade » ou Esprit Unique, devient dans la pensée de Plotin, 600 ans après, « la Dryade », définie comme une Ame Unique dans son essence, mais morcelée dans le monde manifesté en myriades de « parcelles divines » qui animent chaque être humain. Pour les néo-platoniciens chaque homme est une petite partie de la Monade, isolé dans une enveloppe physique, séparé des autres humains par l'illusion que l'on nomme l'Ego, mais uni au-delà de la matière à l'Esprit unique, la Dryade.

La mission de l'homme sur Terre dans l'hermétisme, le gnosticisme, le néo-platonisme et le catharisme est de retrouver son identité de Démiurge, pour prolonger la Création et la rendre parfaite. Jésus dans cette conception, n'est pas le fils de Dieu, mais un frère humain un peu plus éclairé que les autres qui nous guide sur le chemin, tout comme l'est le Bouddha en Indes.

Les orthodoxies religieuses, qu'elles soient chrétiennes, juives ou musulmanes, nomment cette opinion « l'HERESIE ESSENTIELLE », c'est-à-dire littéralement : « opinion différente sur l'essence de la Création ».

Tout a été mis en œuvre pour s'opposer à l'hérésie essentielle :

  • en 1300 avant notre ère, AKENATON en Egypte fut assassiné par les prêtres d'AMON,
  • en l'an 500 avant notre ère PYTHAGORE fut brûlé par la secte ABRAXA dans son école de Sicile,
  • en 260, en Irak, Mani fondateur du manichéisme, remettait en cause le concept de Bien et de Mal, et fut crucifié par les autorités politiques..
  • en 415 HYPATHIE fut dépecée par des moines chrétiens,
  • en 1244 les CATHARES subirent une croisade et furent brûlés à Montségur, sur ordre du Roi de France Louis IX et du Pape Innocent IV, le cesaropapisme de l'époque.
  • en l'an 1600, GIORDANO BRUNO, hermétiste, mage et physicien, premier expérimentateur de la théorie de la Relativité, fut brûlé par l'Inquisition.
  • C'est pour avoir soutenu la même hérésie que le Jésus historique a été crucifié en l'an 33. Mais l'Eglise de Rome créée en 313, trois cents ans après, a réécrit l'histoire et les évangiles que détenait l'Eglise grecque, supprimé les enseignements des anciennes Ecoles de Mystères, et récupéré le martyr au profit du système césaropapiste (Ponce Pilate et le grand prêtre Caïphe) qui l'avait pourtant condamné.

La nuance théologique entre Univers-objet et Univers-processus peut sembler de peu d'importance au XXIème siècle.

Mais rien n'est plus faux.

Ce que nous ressentons au plus profond de nous-mêmes va déterminer notre Vérité, nos projets et notre action dans le monde. Et ce que nous ressentons dépend de la conviction que nous sommes une âme-objet unique, ou une âme-processus collective, détermine la frontière virtuelle qui délimite notre position entre le « je » et « l'autre ».

  • La croyance en un Univers-objet, nous offre comme unique liberté de choisir le chemin de Bien ou de Mal, de suivre un Dieu ou un Diable. Nous sommes alors dans un libre-arbitre binaire, et non dans un monde de Liberté. Nous dépendons d'experts pour toutes les phases de notre vie, de prêtres pour nous rattacher à Dieu, de scientifiques pour nous expliquer le monde, de médecins si nous sommes malades, de politiques pour nous diriger, et de financiers pour nous permettre de nous insérer dans un monde contrôlé par l'argent.

Le temps dans un Univers objectif est linéaire, avec un début (la Création) et une fin (la Mort). Dans l'orthodoxie prêchée par les prêtres, les politiques, les médecins, et les scientifiques, il suffit de suivre les enseignements « conformes », pour obtenir une place honorifique dans la société, dans le cheminement personnel de la naissance à la mort, et au-delà la promesse d'un salut pour l'éternité dans un paradis très hypothétique.

  • Si à l'inverse nous pensons que l'Univers est un processus, alors nous sommes partie prenante des forces de Création. Nous devenons des Êtres de Liberté, et les seules limitations que nous rencontrons dans notre vie sont celles que nous nous imposons. C'est l'essence même de l'enseignement d'Hypatie qui apparaît dans sa devise :
  • « Aucune tradition ni doctrine ne peut revendiquer l'exclusivité de la vérité»
  • car l'Univers-processus ne peut être qu'infini, et dans un processus infini, il ne peut y avoir de vérité absolue. L'Univers-processus est sans début ni fin, et il évolue dans un temps cyclique en une spirale refermée sur elle-même, dépourvue de Dieu créateur, mais ouvrant la porte au concept de réincarnation. Cette HERESIE ESSENTIELLE est très dangereuse pour l'orthodoxie religieuse et politique, car elle amène l'homme à penser par lui-même, et le rend personnellement responsable de la gestion de sa vie, de sa santé, de sa situation sociale, et de son évolution.

La reconnaissance de notre responsabilité individuelle

dans tous les domaines de notre vie

est ce qui différencie un profane d'un initié.

  • Se libérer de l'idée qu'un Dieu a créé le monde, nous fait passer de la dualité Bien/Mal, et du libre-arbitre à la Liberté vraie.
  • Adopter le point de vue néo-platonicien qui considère l'autre comme soi-même car il est une expression de la même Ame universelle, nous fait passer de l'Humanisme, qui est de croire en l'humanité, à l'Egalité, qui est de vivre dans l'Ame unique qui anime tous les humains.
  • Se comporter envers l'autre comme s'il était une expansion de nous-même, nous transcende, et nous amène à la Fraternité totale, qui se nomme Compassion.

Au fur et mesure que nous élargissons notre sensation de Fraternité et notre cercle d'action fraternelle, nous élevons notre niveau d'initiation personnel.

Liberté, Egalité, Fraternité, telle est l'hérésie essentielle qui perdure à notre époque, et qui se perpétue au sein de la Maçonnerie, où chacun de nous est parfaitement conscient que le Grand Architecte de l'Univers, défini comme « Principe Créateur » ne peut être un Dieu concepteur. La Maçonnerie se situe dans la suite de l'hérésie hermétiste néo-platonicienne car c'est le Processus qui compte et non une Vérité immuable. C'est potentiellement une, sinon La raison, qui a conduit l'Eglise de Rome à la considérer comme hérétique.

En Conclusion :

La Fraternité d'Hypathie n'est pas un objet, un nouvel organisme venu séparer, mais c'est un processus qui cherche à réunir ce qui est épars. Elle n'a pas pour but de se rattacher à un groupe, à un concept, à une hiérarchie, à une orthodoxie, mais de proposer une Fraternité vraie constitué de Maîtres, de Maîtres du Service à Autrui.

Ce Service à Autrui s'applique avant tout dans la Loge, envers chaque Sœur et Frère, c'est essentiel, mais il faut déjà viser au-delà. Dès que les membres de la Loge sont considérés comme une expansion de nous-mêmes, la Fraternité s'applique à celles ou ceux qui ne sont pas parmi nous, « pour poursuivre au dehors l'œuvre commencée dans le Temple ».

Je termine sur cette pensée d'un architecte, écrivain et philosophe américain Buckminster Fuller décédé en 1983 :

« Vous ne changez pas les choses en combattant la réalité existante.

Pour changer quelque chose, construisez un nouveau modèle

qui rend obsolète le modèle existant ».

J'ai dit Vénérable Maître ce qu'Hypathie souhaitait nous transmettre ce jour.